Le 40e congrès de l’European Brewery Convention s’est ouvert ce lundi 7 septembre au Postillion WTC de Rotterdam. Cinq cents professionnels, une science offensive et un message clair : la filière n’a plus le luxe de se taire.
Le plus grand port d’Europe s’est réveillé capitale brassicole. « Et cela durera au moins trois jours », a prévenu Paul Lefebvre, président de l’EBC, en ouverture de la cérémonie. « Après quoi je remporte le titre avec moi, car tout le monde s’accordera à dire que la véritable capitale européenne de la bière, c’est Quenast, mon village. » L’assistance a ri, même si la majorité des personnes présentes n’avait pas la moindre idée d’où se trouve ce petit village du Brabant wallon.
Ils sont environ cinq cents — brasseurs, malteurs, fournisseurs, scientifiques, universitaires, chercheurs, journalistes et podcasteurs — à avoir fait le déplacement pour cette quarantième édition. Le choix des Pays-Bas n’a rien d’un hasard : c’est à Scheveningen que s’est tenu le tout premier congrès, en 1947, et c’est à Rotterdam que fut installé le premier bureau permanent de l’organisation, avant Zoeterwoude puis Bruxelles en 2008, lors de la fusion avec The Brewers of Europe. Amsterdam avait accueilli le 16e congrès, Maastricht le 26e. Pour l’anniversaire, le retour au pays fondateur s’imposait.
Reste que Rotterdam n’est pas Amsterdam, et Paul Lefebvre a filé la métaphore avec gourmandise : une bourgade de pêcheurs du XIIIe siècle devenue métropole moderne après avoir été rasée par les bombes, 700 000 habitants, 180 nationalités, « probablement l’un des endroits les plus libéraux du monde, plein de lieux où les gens se retrouvent. Les mêmes lieux que nous, brasseurs, chérissons — parce que c’est là que nous vendons notre bière. » Et la devise locale, Niet lullen, maar poetsen, qu’il s’est prudemment abstenu de traduire littéralement : arrêter de causer et de se plaindre, se mettre au travail.

Cinq axes pour les conférences
Le programme, resserré cette année — moins de sessions parallèles, une sélection de conférences plus ramassée —, s’articule autour de cinq axes : technologie et innovation brassicoles, matières premières (houblon, orge, malt, adjuvants), durabilité, digitalisation et intelligence artificielle, analyse et méthodes de mesure. L’appel à contributions a rapporté un nombre de propositions « inespérément élevé », réparties sur les différentes thématiques.
Le programme papier, lui, a vécu : une application et un pocket program le remplacent, les slides et abstracts étant mis en ligne.
« Notre arme préférée, c’est la science »
C’est sur le terrain politique que le président a haussé le ton. La filière pèse plus de 52 milliards d’euros de valeur ajoutée brute par an et quelque deux millions d’emplois en Europe, a-t-il rappelé, « et pourtant, le poids sur nos épaules devient de plus en plus lourd. Nos détracteurs ne font aucune distinction entre bière, vin, spiritueux et prémix. L’alcool, c’est de l’alcool, et il n’y aurait pas de seuil sans risque. »
D’où sa liste de chantiers à anticiper, et elle est technique : analyse standardisée des bières 0,0 %, enzymes exogènes et régulation du pH de l’eau de brassage, additifs et arômes, gestion du risque mycotoxines, pesticides, PFAS et microplastiques, sécurité des matériaux au contact et règlement PPWR, allergènes et contaminations croisées, impact du changement climatique sur l’eau et l’agronomie des matières premières. « Là où la confiance recule, nous devons alimenter les débats avec des arguments scientifiques valides. Le temps est venu de combattre les ténèbres de l’ignorance avec notre arme préférée : la science. »

Les gros bataillons, et les autres
Soyons lucides : les couloirs du WTC bruissent surtout d’accents de grands groupes. Les moyens d’un département R&D international ne se décrètent pas, et l’inscription à un congrès de trois jours reste un arbitrage sérieux pour une brasserie de petite ou moyenne taille. L’EBC vise pourtant un équilibre assumé — environ 30 % de brasseries de toutes tailles, 40 % du monde académique et de la recherche, 30 % de fournisseurs et spécialistes — et l’on croise bel et bien, entre deux posters, des brasseurs indépendants venus prendre la température.
Ils ont raison. Parce qu’un congrès pareil, ce n’est pas seulement de la spectrométrie et des courbes de fermentation : c’est l’endroit où les tendances réglementaires et technologiques de 2030 se lisent trois ans à l’avance, où l’on identifie le laboratoire, le maltier ou l’équipementier qui résoudra un problème qu’on n’a pas encore. Dans un marché qui recule, l’information et le carnet d’adresses sont deux matières premières qui ne coûtent pas cher à stocker.
Niet lullen, maar poetsen. Pendant trois jours, Rotterdam a raison de ne pas causer : elle brasse.