Vous vous êtes sûrement déjà retrouvé devant une ardoise interminable et… passablement incompréhensible, ou devant un linéaire où les étiquettes s’enchaînent sans rien vous apprendre. Je ne sais pas vous, mais moi, j’aime bien avoir quelques indices avant de me lancer, histoire de savoir si je vais vers une bière que j’aimerai, ou pas.
À ce jour, aucune loi n’oblige les brasseries à mentionner le style sur l’étiquette mais la bonne nouvelle c’est que le nom d’une bière en dit souvent plus qu’on ne croit.
Voici les quatre familles d’informations qu’un nom peut vous livrer.
Les pays et les villes
American IPA, Irish Stout, Italian Pilsner… Ces noms ne sont pas des appellations protégées, et le l’indication du pays ne veut presque jamais dire que la bière y a été brassée. Il raconte plutôt une filiation, une école de brassage.
« American IPA » désigne une IPA (style d’origine britannique) revisitée avec des houblons américains, plus exubérants e fruités. « Irish Stout » annonce un stout certes, mais plus sec et torréfié, à la Guinness. Quant à « Italian Pilsner », l’Italie n’a pas inventé la pils (née à Pilsen en 1842), mais ses brasseurs en ont lancé une version houblonnée à cru, le dry hopping, un ajout de houblon à froid qui y apporte des arômes au caractère plus vif.
A retenir : le lieu sur l’étiquette dit une origine ou un style, mais presque jamais l’adresse de la brasserie.
Les goûts
Pastry Sour, Milk Stout, Extra Bitter… ces mentions renseignent sur le goût, à condition de les décoder. « Pastry » (pâtisserie) promet une bière gourmande, souvent aux purées de fruits, vanille à laquelle on rajoute du lactose. « Milk » renvoie aussi au lactose, le sucre du lait que la levure ne sait pas fermenter : il reste dans le verre et apporte rondeur et douceur.
Et « Bitter » ? Vous imaginez une bière très amère… et vous auriez tort. Le mot vient des pubs anglais, où les clients demandaient une « bitter » pour la distinguer de la « mild », plus maltée et bien moins houblonnée. Une Bitter reste modérément amère : ne vous attendez pas à une IPA.
Les procédés et les ingrédients
« Barrel-aged » (vieillie en barrique) signale un passage en fût de bois, souvent d’anciens fûts de bourbon, de whisky ou de vin : attendez-vous à des notes de vanille, de bois et de spiritueux, et à un degré d’alcool élevé, car on part d’une bière costaude, capable de tenir le vieillissement. Une idée reçue à corriger : « barrel-aged » ne rime pas forcément avec « sour ».
« Barley wine » (vin d’orge) annonce aussi déjà la couleur : très malté, dense, d’une teinte ambrée à brune et d’un ABV le plus souvent entre 8 et 12%.
Le degré d’alcool
NABLAB, Session, Double, Imperial… vous voilà servis pour la teneur en alcool. « NABLAB » (No Alcohol / Low Alcohol Beer) désigne une bière sans alcool ou presque ; pour les bières encore très légères (1 à 3 %), on parle plutôt de « bière de table » ou « micro ». Une « Session » monte d’un cran (3 à 5 %), assez sage pour en enchaîner plusieurs, d’où son nom.
À l’autre bout, « Single », « Double », « Triple » et « Quadruple » annoncent des bières de plus en plus fortes. Méfiez-vous du raccourci : le chiffre n’a rien d’une multiplication de malt. Il marque les paliers de force d’une gamme d’abbaye (single autour de 5 %, dubbel autour de 7 %, tripel autour de 9 %). On dit que l’usage vient des croix « X » tracées autrefois sur les fûts par les moines. Retenez surtout : plus le nombre grimpe, plus on a intérêt à savourer lentement.
Alors, prêt à lire entre les lignes ?
Vous voilà avec quelques pièces du puzzle qui font sens une fois assemblées : le pays raconte une école, les goûts annoncent le profil sensoriel, les procédés dévoilent la recette, et quelques mots traduisent le taux l’alcool.
Rien d’infaillible, et tant mieux : il reste toujours une part de surprise à l’ouverture. Mais devant la prochaine linéaire ou carte dans votre bar préféré, vous ne choisirez plus tout à fait au hasard.
Et s’il vous reste un doute, il n’y a qu’une façon de le lever : goûtez !